La grippe aviaire en 2021 et ses conséquences au regard de La Ferme Uhartia

La grippe aviaire en 2021 et ses conséquences au regard de La Ferme Uhartia

En ce mois d’avril 2021, nos parcs à canards sont vides. En cause : la grippe aviaire qui sévit une fois de plus dans le Sud-Ouest. Il nous paraît important de vous expliquer pourquoi et comment.

Qu’est ce que la grippe aviaire ?

La grippe aviaire est un virus qui touche les oiseaux, qu’ils soient sauvages ou d’élevage. Il peut entrainer une forte mortalité lorsque la souche de ce virus est hautement pathogène.

Les mesures administratives face à la grippe aviaire : l’abattage préventif, mais pas seulement !

Lors d’une crise aviaire, lorsqu’un foyer de grippe aviaire est confirmé dans un élevage, l’administration met en place plusieurs zonages autour de ce foyer :

  • Une zone d’abattage préventive dans un rayon de 5 km. Tous les palmipèdes et volailles, qu’ils soient sains ou malades, sont abattus.
  • Une zone de surveillance dans un rayon de 20 km, avec interdiction de transporter des volailles.

Le cas de La Ferme Uhartia : plus d’arrivage de canetons depuis début janvier.

Tout comme en 2016 et en 2017, notre élevage n’est pas touché par le virus. Mais nous sommes contraints de respecter des mesures sanitaires prises par arrêté préfectoral. En 2017, nous avions été placés en zone d’abattage préventive, et donc forcés d’abattre nos canards sains. Après quelques rebondissements, une forte mobilisation de la part d’élus et de la société civile et au prix de nombreux tests et dépistages sanitaires, nous avions finalement pu sauver nos canards.

Les canetons de la ferme Uhartia

Cette année, c’est le scénario de 2016 qui se répète : depuis début janvier, nous avons été placés en zone de surveillance. En effet, malgré l’interdiction en vigueur, un élevage à moins de 20 km de notre ferme a obtenu une dérogation de mouvement d’animaux, et a fait rentrer des canards des Landes. Ces canards été en fait infectés par le virus. Conséquences pour nous : notre ferme a été placée en zone de surveillance. Pas de transport de canards possible, et interdiction de mise en place de canetons. Pour nous, qui ne sommes pas naisseurs et n’avons pas de couvoir, cela signifie que nous ne pouvons plus recevoir les canetons de 1 jour, que nous réceptionnons en temps normal tout au long de l’année pour élever ensuite nos bandes de A à Z en autonomie.

Ce zonage ne nous empêche pas de continuer l’élevage et la transformation avec les canards déjà présents sur la ferme. Mais sans nouvel arrivage de canetons depuis plus de 3 mois, la rupture de production est inévitable. C’est ce qui nous arrive actuellement : l’élevage se vide petit à petit, et la conserverie sera à l’arrêt dans quelques jours.

Ce coup d’arrêt progressif et forcé pour la ferme, bien moins médiatisé que les mesures d’abattages préventifs, n’en demeure pas moins difficile pour nous, éleveurs et transformateurs. Car au bout du compte le résultat est le même : plus de canards, production à l’arrêt, et impossibilité de vous vendre des produits frais.

Au-delà des effets court terme, l’inquiétude sur le long terme des petits producteurs en filière courte

Le système plein air remis en question

Avec 3 crises aviaires en 5 ans (2016, 2017 et 2021), l’inquiétude monte dans la filière canard en France. On entend beaucoup de choses, et notamment la remise en question du système d’élevage en plein air qui serait le grand responsable de la propagation du virus. Pour nous, qui considérons que l’élevage de canard doit se faire avec une certaine éthique, et pour qui le bien-être animal est une priorité, cet argument semble absurde. Pour le comprendre, il est important de connaître le fonctionnement de la filière canard aujourd’hui en France.

Les canards de la ferme Uhartia

Le fonctionnement du système industriel français

Actuellement, il faut savoir que l’immense majorité des produits du canard que l’on trouve à la vente sont issus d’un mode d’élevage industrialisé. Ce modèle dominant segmente l’élevage des animaux et impose de nombreux transports au cours de la vie du canard : le couvoir, l’élevage, le gavage, l’abattage et la transformation. Entre chaque étape, les animaux sont systématiquement transportés en camion d’un bâtiment à un autre, en faisant parfois plusieurs centaines de kilomètres.

Pour faciliter le travail de l’éleveur et optimiser les rendements, l’élevage en bâtiment s’est généralisé dans la filière longue. Les canards sont ainsi claustrés toute leur vie, au détriment de l’espace de vie des animaux, de la qualité de l’air et de leur bien-être. Seul certains signes de qualité imposent un espace en plein air pour les animaux. Mais pour combien de temps encore si le plein air est remis en question ?

La filière longue pousse aussi à la densification des élevages. Ceci est valable dans la filière canard dans le Sud-Ouest, mais le schéma est le même pour la filière porc en Bretagne par exemple. Une coopérative ou une entreprise implantée dans une région et spécialisée dans une production cherche généralement à se développer et à faire plus de volume. Les économies d’échelle poussent à inciter de nouveaux producteurs à s’installer localement, ce qui induit une densité d’animaux très élevée, propice à la propagation d’un virus ou d’une maladie. Pour éviter ces désagréments, on pousse à vacciner les canards et à aseptiser les zones d’élevage.

Les causes multiples de la propagation de la crise de la grippe aviaire

Selon nous, pointer du doigt les producteurs de canard ayant une conduite d’élevage en plein air est un peu simpliste. Il nous semble en effet que le modèle d’élevage dominant possède tous les ingrédients facilitant la propagation d’un virus : densité de canards élevée, animaux claustrés dans des bâtiments, nombreux flux de transport au cours de la vie du canard, et multiples interventions humaines (manipulations, vaccination) …

Le parallèle avec la crise du coronavirus est ici trop tentant : pour lutter contre le virus, le gouvernement est clair : on voyage le moins possible, on évite les grands rassemblements, et en présence d’autres personnes, on préfère le plein air aux espaces confinés.

Alors pourquoi ces éléments ne sont pas remis en question aujourd’hui dans la filière palmipède française ? Il faut savoir que nous sommes bien peu nombreux parmi les éleveurs de canards à fonctionner de manière autonome et à réaliser l’ensemble des étapes, de l’élevage à la transformation, au même endroit. Notre voix peine à se faire entendre face aux géants de la filière palmipède.

Le modèle d’élevage de La Ferme Uhartia au regard de la crise aviaire

A la Ferme Uhartia, notre conduite d’élevage est différente du modèle dominant sur bien des points, qui sont autant de points forts dans la lutte contre une épidémie.

Le point le plus important est sans aucun doute notre autonomie que nous maximisons : élevage, abattage et transformation se font sur place, sans déplacement des animaux. L’alimentation est fabriquée sur la ferme, avec les céréales issues de nos propres parcelles.

Barcus

Notre situation géographique est aussi un atout : seuls éleveurs de canard dans le village de Barcus, la densité d’élevage de volailles autour de nous est faible. Notre village étant excentré, il n’y a pas de transport de volailles à proximité.

Nos canards sont en plein air pendant toute la durée d’élevage, et ne sont pas dans un espace confiné. Ils disposent de parcs enherbés où ils ont tout le loisir de gambader et battre des ailes.

Si nous sommes conscients que le risque zéro n’existe pas, nous estimons, au regard des dernières crises aviaires, que notre système d’élevage possède des atouts qui le protègent de la circulation du virus de la grippe aviaire.

De nouvelles mesures de biosécurité qui mettent en danger les petits élevages autonomes

Toujours plus de biosécurité…

Actuellement, l’administration et les acteurs de la filière canard sont en train de négocier de nouvelles mesures de biosécurité pour soi-disant protéger les élevages des prochaines crises sanitaires. Déjà en 2017, le Pacte de lutte contre l’influenza aviaire, adopté par les organisations professionnelles agricoles, présentait toute une série de mesures à mettre en place pour éviter une nouvelle crise. Cela imposait de lourds investissements pour se mettre aux normes : alimentation en intérieur, interdiction pour l’éleveur de rentrer dans les parcs, investissements dans des sas de désinfection...

Un manque de cohérence dans les mesures prises pour lutter contre la grippe aviaire

La crise de 2021 montre bien que toutes ces mesures sont vaines si on ne remet pas aussi en question les flux de transport des animaux, ou la densité des élevages. Car entre 2016 et 2021, rien n’a changé à ce sujet. Exemple assez révélateur d’une mesure du Pacte aviaire de 2017 : plutôt que de réduire les transports d’animaux (alors même que cela avait été évoqué dans le pacte), on a imposé un nettoyage et une désinfection du matériel de transport. Cela induit toujours plus de charges d’investissement : construction de camions facilement nettoyables, d’aires de désinfection etc… Cet exemple parmi d’autres est représentatif du raisonnement en vigueur au niveau national. Raisonnement qui ne semble pas avoir changé en 2021, alors que l’on constate clairement que le Pacte de 2017 n’a pas fonctionné. Il est légitime de se demander si on protège vraiment nos élevages en les claustrant dans des bâtiments toujours plus aseptisés, et en systématisant vaccins et antibiotiques.

Par ailleurs, incohérence supplémentaire, on constate en période de crise aviaire des inégalités dans les octrois de dérogations de transport d’animaux dans des zones de surveillance où ces transports devraient être interdits. Sur quelles bases ces dérogations sont-elles accordées ? Mystère…

La qualité et l’environnement mis en danger

En 2017 persistait la volonté de préserver le « mode de production en plein air et la diversité des systèmes de production » de la filière canard. Ce qui change en 2021, c’est que le système plein air est sévèrement remis en cause. Et avec lui, c’est notamment le signe de qualité le plus exigeant de la filière, le label rouge, qui est en danger ; car il faudra alors adapter le cahier des charges pour l’assouplir et ne plus rendre obligatoire l’accès aux parcs plein air pour les animaux. Est-on sûr de prendre la bonne direction en prenant ce genre de décision ? N’est-ce pas incohérent face aux enjeux environnementaux auxquels nous devons faire face ?

Notre modèle d’élevage autonome

Notre bataille : faire reconnaitre le modèle d’élevage autonome

Aujourd’hui, aux côtés d’autres petits producteurs, nous voulons nous battre pour faire reconnaître au sein de la filière notre modèle d’élevage autonome, sans transport et où le bien-être animal est central. Peut-être avons-nous eu de la chance de ne pas être touchés par le virus au cours de ces multiples crises… Peut-être aussi que notre mode d’élevage, en quasi-autarcie, nous en protège… Le fait est que malgré nos efforts, nous sommes à chaque fois impactés par les mesures administratives qui nous imposent une fermeture de l’élevage et de la conserverie. Nous souhaitons que nos efforts soient reconnus. Nous avons plus que jamais besoin de perspectives pour les années à venir. Nous voulons être entendus. Et nous aurons peut-être besoin de vous, clients, et de votre mobilisation pour faire entendre notre voix dans les prochaines semaines.

 

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